Georges Didi-Huberman
Le livre : Archéologie, Anachronisme et Modernité de l'Empreinte
Extrait: Partout des empreintes nous précèdent
ou bien nous suivent. Beaucoup nous échappent, beaucoup disparaissent, quelquefois sous nos yeux mêmes. Certaines transparaissent, d’autres crèvent les yeux. D’autres ont disparu depuis longtemps, mais quelque chose nous
dit qu’elles demeurent, enfouies, repérables par quelque détour archéologique du désir ou de la méthode. Certaines quelquefois semblent nous poursuivre. Beaucoup nous survivront.(...)
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Présentation éditeur: Pourquoi les artistes modernes et contemporains ont-ils, aussi obstinément, exploré et utilisé les ressources de l’empreinte, cette façon
en quelque sorte préhistorique d’engendrer les formes ?
- En quoi le jeu, apparemment si simple, de l’organe (la main...), du geste (enfoncer...) et de la matière (le plâtre...) accède-t-il à la complexité d’une technique et d’une pensée de la «procédure» ?
- En quoi cette technique, qui d’abord suppose le contact, transforme-t-elle
les conditions fondamentales de la ressemblance et de la représentation ? À quel genre d’érotisme ce travail du contact donne-t-il lieu ?
- Quelle sorte de mémoire et de présent, quelle sorte d’anachronisme
l’empreinte propose-t-elle à l’histoire de l’art aujourd’hui ?
À ces questions le présent essai tente de répondre en retraçant une histoire synoptique de l’empreinte, mais aussi en
modifiant nos façons habituelles de regarder l’image dans sa singularité : depuis le modèle optique, voire métaphysique, de l’imitation obtenue vers celui, tactile et technique, de son travail en acte. Cela pour
modifier nos façons habituelles de comprendre chaque oeuvre d’art - celle de Marcel Duchamp prise ici comme cas exemplaire - dans son historicité : depuis le modèle déductif qui peut nous faire imaginer un
mouvement de «progrès» du modernisme au postmodernisme, vers un modèle plus complexe qui tient compte des intrications de temporalités hétérogènes dont toute image est faite.
Georges Didi-Huberman : Né à Saint-Étienne le 13 juin 1953, philosophe et un historien de l’art français, il a été pensionnaire à l’Académie de France à Rome (Villa Médicis) et résident
à la Fondation Berenson de la Villa I Tatti à Florence.
Ce que nous voyons,
ce qui nous regarde
