Robert Desoille
Le livre : Extrait "Voici le premier thème de départ, celui du Vase dont la relation est faite par elle-même, en se servant d’une machine à écrire.
«M. Desoille me demande de voir un vase. J’en vois un, très beau, en cristal taillé, très pur. Il ressemble à un vase qu’il y avait dans la maison de mon mari, au début de notre mariage; il était trop grand, je ne savais jamais quelles fleurs y mettre. Il avait appartenu à une maîtresse de mon mari, morte jeune, Laurence. M. Desoille. me demande l’utilisation que je vais en faire. Il me conseille d’y mettre des fleurs, à mon choix. Je cherche des œillets, de l’eau, je pose le vase garni près d’une fenêtre ouverte donnant sur un jardin inconnu.
Acheter
M. Desoille me demande de décrire la pièce où je me trouve. Au moment où je vais le faire, le vase m’échappe des mains, tiré par une force inconnue, il monte très haut vers la droite et, levant les yeux, j’aperçois dans cette hauteur, pendant une seconde, le visage de mon mari vers lequel fuit le vase. Je ne puis le rattraper, il disparaît.
M. Desoille me prie d’en chercher un autre : celui-ci apparaît, il est pauvre, en terre cuite, couleur mastic, petit, rond et il tient tout entier dans mes mains. M. Desoille demande ce qu’il contient, mais il est vide. Pour le remplir, je voudrais y mettre des marguerites blanches et jaunes (fleurs des champs qu’on peut effeuiller pour savoir si on vous aime) mais j’en cherche et n’en trouve pas.» De la pièce où elle se trouve («ancienne, meublée d’une manière désuète et sans grâce») Marie-Clotilde passe à l’étage supérieur et de là sur le toit (épisode assez lent où Marie-Clotilde apprend à se mouvoir dans l’espace imaginaire). Du toit, elle s’élève dans le ciel, entraînée par deux colombes en or.
«Je m’élève, emportée par ces deux petites bêtes, très angoissée d’être suspendue dans les airs et j’arrive à une sorte de soleil à la fois éclatant et terrible, auréolé de noir, entre son centre et ses rayons – «Ce n’est pas le vrai soleil, disent les colombes qui parlent entre elles, on va aller voir plus haut.»– Nous montons toujours, à une très grande hauteur, j’aperçois une mer nacrée, des montagnes immatérielles, féériques, dans la brume dorée, irréelle, traversée par des rayons légers. On dirait des fjords de rêve. Des êtres qui semblent également irréels se baignent dans une mer irisée. Je m’assois sur une des collines fluides, ne comprenant pas comment je peux m’y appuyer."
Robert Desoille : Né en 1890 et décédé en 1966) il est ingénieur IDN (École centrale de Lille) et diplômé en 1911. Il a fait carrière à EDF jusqu'en 1953. En psychothérapie, il est le fondateur de la méthode du rêve-éveillé qui consiste à travailler de manière consciente et accompagnée sur un rêve précis et significatif que l'intéressé a préalablement eu pour désamorcer plus aisément l'angoisse, la névrose, la phobie etc. En 1923, il est attiré par un opuscule intitulé Méthode de développement des fonctions supra-normales d'Eugène Caslant avec lequel il travaille pendant deux ans.
Le rêve éveillé dirigé en psychothérapie
Ces étranges chemins de l'imaginaire
